PENSÉES SIMPLES | 20 octobre 2007
Ce qui suit m'est venu de vos commentaires au billet précédent. Il ne s'agit pas pour moi de polémiquer, ni de rester dans l'étroitesse de sujets qui fâchent. Nous parlions de distance nécessaire et de l'idée de se tenir au-dessus ... non pas des gens mais des choses.
Juste pour mieux les voir.Merci à tous les fidèles (au sens laïc) de ce blog.
Il n'est pas donné à tout le monde de simplement essayer de comprendre, de tenir compte de l'autre. Et c'est une chose, je crois, que nous partageons ici. Ça ne fait pas de nous des êtres mous, sans consistance ... bien au contraire.
Mais chacun arrive avec ce qu'il est et ce qu'il a. Ses différences. Ses "défauts qui sont autant de chances", comme dit une chanson.
Les artistes (ils ne sont pas les seuls dans ce cas) ont souvent à gérer une double vie. Faite de moments de solitude et d'instants de partage. Chacune de ces périodes peut-être vécue avec une grande intensité, et la vie pourrait alors être représentée comme une onde avec ses boucles, ses creux et ses sommets, son amplitude et sa fréquence variant suivant les personnes et suivant les époques. Le passage d'un "état" à l'autre ne se fait d'ailleurs pas toujours sans heurt.
Mais il est obligatoire.
Pour avoir quelque chose à offrir, il faut d'abord aller le chercher.
Et ce que j'appelle l'échange ressemble à la respiration. Inspirer, expirer.
Une autre qualité de l'artiste est la faculté de ressentir, de recevoir et d'interpréter à la fois ce qui lui vient de lui même (et qu'il doit pouvoir exprimer) et ce que lui envoient (et renvoient) les autres. Cette faculté suppose donc une conscience permanente de soi-même et de son environnement. Ainsi, l'artiste au volant de sa voiture aura l'œil partout. Devant, dans le rétro, sur les côtés ... anticipera l'écart d'un autre usager, le possible obstacle après le tournant, l'enfant qui peut-être, sans raison apparente, va traverser la rue. Bon, ça c'est tout le monde. Enfin ... ça devrait !
L'artiste n'est donc pas un rêveur qui a la tête dans les étoiles mais un acteur de son temps qui compose des bouquets entre les hasards de l'inspiration et les nécessités de la vie au sens large, au sens social. Au sens "civique", ce qui se traduit mieux, je crois, par le fait de tenir la porte à la dame (ou au monsieur) que par l'accomplissement d'un prétendu devoir (qui n'est jamais qu'un droit) dans un bureau de vote.
Enfin, il doit avoir la préoccupation de l'effet qu'aura ce qu'il donne sur ceux qui le recevront.
Cela s'appelle la responsabilité. Celle de la forme, et celle du fond.
- Que veut-on transmettre ?
- Quelle est la meilleure façon de le faire ?
Et dans cet ordre uniquement.
Ce sont des principes simples, nécessaires et suffisants. Il est inutile d'en chercher de nouveaux.
L'artiste n'est pas une enveloppe vide, une image commerciale. Il n'est pas forcément, pas "à tout prix" anticonformiste. Malheureusement, trop de ceux qui ont cette fibre se laissent dévorer par la tentation de se livrer à la surveillance assidue de leur propre nombril. "Miroir, mon beau miroir". Alors ils comparent tout à cette image toute faite, à ce modèle immuable qu'ils se sont fabriqué, et c'est avec ça qu'ils jugent le monde qui les entoure ... "Quoi ? tu as voté ceci ? Hein, tu écoutes cela ? Comment, tu fréquentes machin ?" Ils croient alors vous enfermer dans un bocal, avec une grosse étiquette, et sont fiers d'avoir eu l'œil et le bon. D'avoir démasqué "le politiquement correct" ou le parfait élu de leur prochain dîner de con.
Ils passent leur temps à chercher le meilleur comment, bien avant que de connaître le pourquoi.
Et ils marchent en bombant le torse, chèche au vent, sûrs d'eux-mêmes.
Grand bien leur fasse.
Mais il n'est qu'un seul chemin qui vaille le détour.
C'est le doute.
Nous avons quelques pistes à explorer. Parfois des questions à poser. Mais pas de leçon à donner.
Ces pistes, ces chemins qu'on a décidé d'emprunter, sont autant d'occasions et autant de terrains de progrès.
"Le progrès, en art, ne consiste pas à étendre ses limites, mais à mieux les connaître" (Georges Braque). Cette réflexion vaut aussi pour ce qui n'est pas l'art ... mais qui, du coup, le devient :c)
Choisir une voie ... ou se laisser choisir.
S'y tenir, et avancer dessus, en ayant soin de vérifier de temps à autre qu'on y est bien toujours ... voire qu'il est bon de s'y trouver encore..
Arawak
Publié par Arawak à 11:32:12 dans EDITORIAL
|
Commentaires (35)
|
Permaliens